Après plus de 24 heures de voyage, nous sommes crevés. Impossible de se prélasser au soleil, comme prévu : de gros nuages gris hantent le ciel d’Hikkaduwa, au Sri Lanka. Rester cloîtrer à l’hôtel est hors de question pour deux curieux comme nous. Quelle nouvelle expérience pourrions-nous tenter, tout en restant à l’abri d’une éventuelle tempête tropicale ?

La réponse s’impose d’elle-même. Dès notre arrivée à l’hôtel Coral Sands, nous avons reçu deux coupons pour un massage des pieds dans un centre de médecine ayurvédique situé à proximité. Quelques recherches sur Internet nous apprennent que l’Ayurveda est la médecine traditionnelle de l’Inde et du Sri Lanka. De l’inconnu et de l’exotique ? Yallah !

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Le massage ayurvédique sera donc notre première activité. Après avoir demandé notre chemin pour trouver cet havre de paix si bien représenté sur les dépliants remis par notre hôtel, nous nous retrouvons devant un immeuble franchement peu invitant. C’est une expérience, qu’on se dit.

Nous pénétrons dans l’hôpital décrépit, désormais convaincus que cette activité sera définitivement riche en découvertes. Après avoir sélectionné le «full body massage» sur le menu que nous tend le jeune médecin, nous sommes entraînés par des employés (jeune femme pour moi, jeune homme pour Francis) à l’arrière du centre de santé. En suivant ma massothérapeute, je me retrouve dans une cabine de massage délimitée par un rideau poussiéreux, au centre de laquelle se trouve une table de massothérapie recouverte d’un drap. À peine ai-je le temps de constater l’état des lieux, elle me demande de me dévêtir. J’attends qu’elle sorte pour procéder, croyant alors que cette habitude est internationale. Ben non. Elle est là, devant moi, à attendre que je procède en me fixant. Je lui demande alors si je peux garder mes sous-vêtements. La réponse est non. Devant mon air ahuri, elle éclate même de rire. Francis, qui est aussi en costume d’Adam dans la cabine adjacente, fait de même. Malaise.

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Nue comme un vers, je tente de me cacher derrière mes mains qui me semblent alors trop petites et surtout trop peu nombreuses. La jeune fille me tend finalement une minuscule serviette et me demande de m’asseoir sur un fauteuil défoncé. Je m’exécute, heureuse d’enrouler mon popotin dans ce bout de tissus pourtant pas très propre. Après m’avoir enduit le cuir chevelu d’une épaisse couche d’huile, elle me masse la tête de façon plutôt agréable. Ça s’annonce pas trop mal, me dis-je.

La situation se gâte rapidement lorsqu’elle s’arrête pour retirer le drap qui recouvrait jusqu’à maintenant la table de massothérapie. D’un geste, elle me demande de m’allonger à même la «cuirette» brune abîmée de la table, en prenant bien soin de m’arracher aussi ma serviette. Je comprends qu’il ne faut surtout pas les souiller avec de l’huile à massage. Souillons plutôt directement la table et laissons l’huile s’incruster dans les «cracs» du faux cuir fendu.

Ça y est, ma dignité est disparue alors que mon dédain est arrivé au grand galop. Les fesses à l’air, je tente de monter gracieusement sur la table chambranlante, essayant tant bien que de mal de ne pas trop en dévoiler et surtout, d’éviter à mes parties génitales d’entrer en contact avec la surface douteuse.

Le massage du corps débute. Je suis une frite recouverte d’huile sur un comptoir de fast-food insalubre. J’essaie en vain de me détendre, mais je ne pense qu’à tenir mes cuisses bien fermées l’une sur l’autre. Cela s’avère difficile, alors qu’elle me manipule les jambes et me replie les genoux d’une main de fer. Bien entendu, je pense à quitter la cabine… mais mon orgueil m’en empêche. Je dois vivre cette expérience culturelle jusqu’au bout et vaincre ma pudicité. Après tout, il s’agit d’une tradition ancestrale et sacrée. Il faut juste se laisser aller, profiter de ce moment de relaxation et rester zen.

Jusqu’au moment où je comprends que mon «full body massage» comprend aussi un massage du torse. Adieu la relaxation, je me tends comme une arbalète et j’éclate de rire. Francis s’y met, de l’autre côté du rideau. Je vous rassure, ça n’avait rien de sexuel. Mais rien de zen non plus. Disons que ça met à l’épreuve quiconque est un brin timide et pudique.

C’était toute qu’une expérience. Le retenterais-je ? Peut-être le jour où j’aurai atteint un certain degré d’aisance avec moi-même, sachant aussi que c’est maintenant en toute connaissance de cause !

Jessica Théroux, 2 février 2015

4 commentaires sur «Pas game : le massage ayurvédique»


  1. […] l’an dernier, lors duquel nous étions partis au Sri Lanka avec la même idée mais qu’un typhon s’était immiscé dans le projet, éclipsant du coup toute possibilité d’explorer les fonds marins, nous étions bien […]

  2. […] à l’odeur infâme, sous rentrons rapidement à l’hôtel après notre premier massage ayurvédique. Nous aboutissons sur Tripadvisor, en quête d’un bon plan pour le lendemain. Quelle ne fût […]

  3. Francine dit :

    Très drôle cette expérience, je souriais en te lisant, je te trouves pas mal brave, en tout cas!…:)))

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