Récit d’un weekend de randonnée dans les Vosges en Alsace

« Ce n’est pas seulement l’endroit où l’on va qui donne un sens à la vie, mais aussi la façon dont on s’y rend ». Dans ma tête résonnent ces sages paroles de Marc Lévy depuis notre weekend de randonnée dans les Vosges en Alsace. 

Gravir le sommet du Hohneck, dormir au refuge du lac de Schiessrothried, puis marcher jusqu’au Gaschney avant de retrouver la voiture à Metzeral, tel était notre projet. De fortes précipitations de neige étaient prévues dans les montagnes, mais rien de bien effrayant pour les deux copains de la #Teamgivrés et nous, Québécois. C’est donc sous un ciel déjà menaçant que nous avons abandonné la voiture à Metzeral pour nous élancer dans les hauteurs et la neige du massif des Vosges.

Départ sous les trombes d’eau pour rejoindre le refuge de Schiessrothried

rando le hohneck

Chargés avec le barda nécessaire pour la nuit et les victuailles – le tout bien enveloppé dans des sacs-poubelle – nous empruntons ce que nous croyons être le sentier vers le refuge du lac de Schiessrothried. C’est que, tête baissée pour éviter un tant soit peu les trombes d’eau et les bourrasques de vent, on n’y voit rien. On ne pense qu’à monter, monter et monter en altitude pour que la maudite pluie glacée se transforme enfin en neige. C’est donc par deux fois, si ce n’est pas trois, que l’on doit se reprendre pour trouver le bon chemin. Déjà, nous sommes complètement trempés par les violentes averses. Non, ce ne sera pas une randonnée stylisée à la Instagram : la pluie ruisselle à gros bouillons sur nos visages et les sacs-poubelle remplacent les ponchos tissés (que nous n’avons pas, de toute façon). Malgré tout, les rires fusent. Même moi, la petite malade qui a normalement horreur de l’humidité, j’ai le sourire fendu jusqu’aux oreilles et le courage de continuer.

Dans les hauteurs des Vosges

Neige en Alsace

Tranquillement, le déluge fait place au doux son de nos pas dans la neige. Quick, quick, quick, quick… On s’arrête ici et là, on s’exclame et on se laisse porter par le bonheur, jusqu’à oublier de regarder où l’on va. Et la montagne n’a rien à voir avec celles du Québec, où seuls quelques sentiers traversent les massifs. Ici, ça pullule. Ils partent dans tous les sens, entre les pistes forestières, les sentiers de VTT et les chemins qui n’en sont pas, sans toujours être clairement balisés. On se retrouve ainsi je ne sais où à patauger dans la neige en quête de la bonne voie. Le temps se fait de plus en plus froid et mes pantalons trempés sont de plus en plus insupportables, mais l’aventure devenue épique continue de me faire sourire. Dans ce labyrinthe blanc, je me sens bien. Les souvenirs d’enfance à construire des forts, à jouer au roi de la montagne et à disputer des batailles de boules de neige refont surface et chassent les inquiétudes. J’ai peut-être le bout des doigts gelés, mais mon esprit se dit : « Du froid, y’a rien là ! », un peu comme si l’hiver faisait partie de mon ADN. #nostress

Au refuge du lac de Schiessrothried

refuge de schiessrothried

Puis, fort probablement parce que la terre est ronde, nous arrivons au refuge du lac de Schiessrothried. Dès le passage de la porte, la chaleur réconfortante du feu de bois nous enveloppe. Les doigts recroquevillés dans les manches depuis trop longtemps tentent une timide sortie, le nez se transforme en robinet et l’envie de simplement déposer les sacs pour mieux grimper jusqu’au Hohneck s’évanouit. Il faut dire que le temps a filé pendant nos multiples missions d’exploration autour du sentier officiel. L’horloge indique 15 heures passé, ce qui ne nous laisse pas suffisamment de temps pour toucher le sommet et revenir avant la noirceur. Qu’à cela ne tienne, nous nous attablons déjà près du feu, prêts à refaire le monde autour d’une bouteille de rouge et d’un spaghetti maison.

Charlet des VTC Colmar – lac du Schiessrothried : 8 euros la nuitée en dortoir, accueil chaleureux, super ambiance et cuisine équipée.

En route vers la station de ski du Gaschney

Rando Gaschney

Au petit matin, une furieuse envie de réciter Émile Nelligan me prend à la vue du paysage : « Ah ! comme la neige a neigé ! Ma vitre est un jardin de givre. » Mais comme la fin est plutôt triste et que je suis dans une randonnée du bonheur, je préfère aller jouer dehors. Ça tombe bien, parce que nous devons aujourd’hui marcher jusqu’à la station de ski du Gaschney avant de redescendre dans la vallée. Après mes adieux déchirants avec le poêle à bois, nous nous engageons une nouvelle fois sur les sentiers tapissés de neige. Les conversations vont déjà bon train, on s’arrête ici et là pour faire des photos et ce qui devait arriver arriva : l’exploration est partie en vrille. Gauche, droite, en haut, en bas, de retour sur nos pas, le tout parsemé de fous rires, alors que d’autres seraient probablement déjà en pleine panique. J’en viens même à me demander si ce n’est pas notre inconscient collectif qui refuse tout simplement de revenir à la voiture.

Retour à Metzeral

Hiking dans les Vosges

Puis, de détour en détour, nous amorçons finalement notre descente vers Metzeral, notre destination finale. J’ai un petit pincement au coeur quand la neige s’éclipse pour faire place à la verdure. Un autre, plus gros encore, quand j’aperçois au loin la voiture. J’aurais envie de crier : « Encore 5 minutes, maman ! », comme dans le temps où elle m’appelait pour manger alors que je construisais mon château des neiges. Voyez-vous, je voudrais tant étirer ce weekend pour faire des détours par le bonheur, encore et encore.

Marc Lévy a raison : «Ce n’est pas seulement l’endroit où l’on va qui donne un sens à la vie, mais aussi la façon dont on s’y rend».

Itinéraire de notre randonnée dans les Vosges

Jour 1 / Metzeral au lac de Schiessrothried (et des détours) : 12.23 km, 680 mètres de dénivelé positif, durée de 3h.

Jour 2 / Lac de Schiessrothried – Gaschney – Metzeral (et des détours) : 11.26 km, 150 mètres de dénivelé positif, durée 2h30.

Fans de rando ? Jetez un coup d’oeil sur quelques-unes des plus belles randonnées en Allemagne: le Laufbacher Eck en Allgäu ou le Parc national de Berchtesgaden.

13 commentaires sur «Un détour par le bonheur»


  1. […] Preuve qu’être givré est un état d’esprit, même en France : quand Manu et Léon, deux membres de la TeamGivrés, passent un week-end avec deux Québécois fans de rando, ça donne un texte rafraîchissant et un joli Détour par le bonheur (et en Alsace) […]

  2. Lynda Laurin dit :

    tellement chanceux d’avoir ces paysages près de chez vous, que c’est beau! Mais je m’inquiète un peu ….besoin d’une boussole ou encore mieux GPS peut-être? signée maman…lol

  3. Les Bazos dit :

    Ouah c’est beau! Je ne sais pas si j’aurai été aussi sereine avec la pluie… Heureusement que le poêle est là 😀
    Le chalet est bien? C’est pas trop cher pour y dormir!
    Belles photos, merci pour le partage 😀

    A.

  4. mamansdeurope dit :

    Merci pour ce récit touchant
    J’y retrouve les sensations de ma rando au Honeck, sous une tempête de neige imprévue. N étant pas une habituée de la neige, j avais paniqué avec le manque de visibilité…je m’étais soudainement sentie très fragile parmi cette nature puissante. L’arrivée au refuge du Honeck puis le repas qui avait suivi, pendant que nos chaussettes séchaient sur le poêle, restent des souvenirs merveilleux.

  5. Quel joli texte, il arrive même à donner envie d’avoir froid avec vous, du moment qu’il y a des sourires ! Je suis en train de travailler sur mes souvenirs du Sénégal en ce moment alors tes photos m’ont carrément donné froid mais qu’est ce que ça va me manquer la neige cette année… Et pour une fois, je suis d’accord avec Marc Lévy aussi !

    • Oh Julie, tu étais avec nous parce qu’on a justement parlé de toi et de tes textes sur l’Auvergne 🙂 J’ai hâte que tu nous fasses rêver avec tes souvenirs du Sénégal !

      • Emmanuel dit :

        Je disais justement que l’Auvergne avait ce truc que je n’ai retrouvé que dans un seul autre pays volcanique (j’en ai pas vu d’autres): le fait de ressentir une sensation agréable, quelque chose qui te cloue au sol et te fait béatement regarder le paysage.. Mais je crois que j’ai déjà du le dire quelque part sur ton blog 🙂

        Sinon, c’est vrai qu’on a fait que se marrer et c’est certainement ce qui a fait mettre au second plan les difficultés: froid, humidité, orientation etc.. Mais dans ma tête, j’étais là pour l’fun et je savais bien qu’on risquait pas de se paumer. Et pour cause, c’est pas sauvage pour un clou ^^

      • labouclevoyageuse dit :

        Oh ! C’est étrange de savoir qu’on parle de moi quand je ne suis pas là… Mais c’est la classe quand même 🙂

  6. lise dit :

    Oh comme c’est beau , je suis heureuse pour vous, il faut apprécier les petits bonheurs ce sont eux qui nous rendent vraiment heureux. xx

  7. Léon dit :

    Très beau récit, très beau souvenir !

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