Pour poser le pied en Antarctique, il a d’abord fallu survivre au fameux passage de Drake, là où l’océan Austral, l’océan Pacifique et l’océan Atlantique se rencontrent. Tous ces courants, en se rejoignant, forment la mer la plus agitée de la planète. De grands vents et des vagues pouvant facilement atteindre 10 mètres provoquent un mal de mer presque assuré aux pauvres touristes qui s’y aventurent. Récit de ma traversée.

Note : Cet article est la suite de Stop au tourisme en Antarctique.

Départ d’Ushuaïa en Argentine 

C’est donc avec une petite crainte que nous avons quitté le port d’Ushuaïa le 26 novembre 2017 à bord du m/v Sea Spirit, un navire de près de 100 mètres de long qui peut accueillir jusqu’à 114 passagers. Ni Francis ni moi ne savions comment nos corps allaient réagir au passage de Drake. Même si nous avions tous deux navigué dans le passé, nous n’avions jamais été confrontés à des vagues aussi grosses pendant deux jours. Soyons réalistes : il se pouvait très bien qu’on finisse par se battre pour le bol de toilette. Heureusement, notre cabine était plus que confortable. En ayant réservé à la dernière minute, nous avions pu mettre la main sur une Superior Suite au 4e pont pour le même prix qu’une chambre classique au sous-sol. La cabine disposait d’un lit double, d’un petit bureau d’écriture, d’un sofa, d’un meuble télé, d’un walk-in ainsi que d’une salle de bain avec douche. Après avoir passé 2 mois sous la tente, en auberge de jeunesse et dans des hôtels bas de gamme, c’était le gros luxe – et surtout parfait en cas de mal de mer !

Cabine du bateau en Antarctique

Notre cabine sur le m/v Sea Spirit en direction de l’Antarctique

Drake : le passage obligé pour rejoindre l’Antarctique

Se préparer à combattre le mal de mer

Après nous être bien installés dans notre spacieuse cabine, nous avons tous deux pris une dose de Gravol sur les recommandations de la chef d’expédition. C’est que notre traversée du passage de Drake ne s’annonçait pas de tout repos. Des vagues de 5 à 6 mètres nous attendaient au détour du cap Horn et allaient nous brasser jusqu’aux îles South Shetland en Antarctique, où nous devions jeter l’ancre dans 2 jours. À l’annonce de cette nouvelle, nous avons entrepris de sécuriser la cabine : nous avons coincé les sacs à dos et les chaussures dans le garde-robe, rangé l’ordinateur et l’appareil photo, et bien fermé les tiroirs et les portes pour éviter un carnage pendant la nuit.

Passage de Drake

À peine avions-nous quitté le port d’Ushuaïa que l’équipage a distribué les fameux sacs à vomis en prévision du passage de Drake

Dormir malgré les vagues

La première nuit s’est bien passée. Assommée par les médicamentsj’ai dormi malgré les quelques vagues qui m’ont fait valser d’un bord pis de l’autre du lit. La douche, elle, fut périlleuse. Les vagues étaient beaucoup plus difficiles à dompter debout que couchée dans un lit. J’ai réussi à prendre une douche éclaire, mais c’était toute une paire de manches d’aller chercher mes vêtements dans le walk-in. Déjà que c’était le bordel à cause des vagues, j’étais forcée de m’enfermer dans la minuscule et sombre pièce pour éviter que la porte ne fende en deux à chaque vague. J’avais de la misère à tenir sur mes deux jambes en fouillant dans les tiroirs qui menaçaient, eux, de me couper les doigts. Et voilà que le mal de coeur s’est pointé, à force de me faire varloper. J’ai attrapé mes vêtements en vitesse et j’ai quitté la chambre avec Francis, qui n’était pour sa part aucunement importuné par les mouvements du bateau.

Quand le mal de mer se pointe le bout du nez

Première étape de la journée : le déjeuner. On est surpris de trouver la salle à manger à peu près vide. On raconte que beaucoup sont déjà malades et ont renoncé à sortir de leur chambre. De mon côté, je me sens déjà beaucoup mieux après un peu d’air frais.

Mais voilà qu’une fille, assise au fond de la salle à manger, se met à vomir dans un petit sac. Je me dis qu’elle va quitter la pièce par respect pour les autres, c’est quand même une salle à manger. Ben non, elle reste là, à table, à vomir à petits coups dans son sac en papier. Pour ceux qui me connaissent, vous le savez : le simple fait d’entendre quelqu’un vomir me fait vomir. Imaginez quand quelqu’un le fait devant moi, à répétitions, alors que je mange mes céréales.

Verte, j’ai quitté la salle à manger pour retrouver ma belle salle de bain – j’ai du respect et de l’orgueil, moi. Je devais me ressaisir, ça ne se pouvait pas. Pas moi, qui avait passé les weekends de son enfance sur un bateau. Mais juste au moment où Francis poussait la porte pour venir s’assurer que j’allais bien, je tombais au combat. Bye bye, céréales.

Étrangement, la seule façon pour moi de ne pas avoir envie de mourir était de rester couchée à même le sol de la salle de bain. J’y suis restée un bon 6 heures avant d’avoir le courage de rejoindre le confort de mon lit. Dès que je me tenais debout ou assise, tout tournait autour de moi et le mal de coeur revenait au galop. J’ai donc fait la morte pendant 2 jours, tantôt sur le plancher de la salle de bain, tantôt dans le lit, en priant le petit Jésus de calmer dame nature. Les seules choses que j’arrivais à avaler étaient des pommes vertes et des craquelins, arrosés d’un peu d’eau mais pas trop. Je dormais beaucoup, assommée par les doses de Gravol. Mais surtout, je n’osais plus quitter ma chambre de peur de voir ou d’entendre quelqu’un vomir. Aux dires de Francis, les petits sacs se remplissaient à une vitesse phénoménale – et même dans les espaces publics !

Heureusement pour moi, le mal de mer m’a quitté dès que la mer s’est calmée, à l’approche de la péninsule. Et j’ai tout oublié à la vue de mon premier glacier. J’étais en Antarctique !

Mal de mer Antarctique

Ça vaut le coup de se taper deux jours de mal de mer, non ?

Mes petits trucs pour survivre au passage de Drake

  • Bien choisir son bateau si on est facilement sujet au mal de mer

Plus le bateau est gros, plus il est stable. Avec des vagues de 6 à 8 mètres, il est certain que notre petit m/v Sea Spirit et ses 90,6 mètres de long n’étaient pas de taille. Par contre, malgré la traversée un peu plus rock n’ roll, j’ai adoré être sur un petit bateau. Avec seulement 114 passagers à bord, nous avons pu toucher terre beaucoup plus souvent et beaucoup plus longtemps que les gros croisiéristes. C’est à toi de voir ce qui est le plus important.

Sea Spirit Antarctica

Notre petit navire, le M/V Sea Spirit

  • Et bien choisir sa cabine, tant qu’on y est

Logiquement, les cabines à l’avant ou tout en haut du bateau auront tendance à bouger beaucoup plus lorsque la mer est agitée. Le truc, c’est de choisir une cabine au centre du bateau. Ça tanguera quand même s’il y a des vagues de 10 mètres, mais moins qu’à la proue !

  • Niaise pas. Prends des Gravols.

Je n’ai jamais eu le mal de mer, jamais. Sauf une fois en Antarctique. Au début, j’hésitais à prendre des Gravols. J’ai été bien heureuse de mon choix au petit matin, alors que le navire était en plein passage de Drake.

Lors de nos traversées, l’équipage distribuait gratuitement les cachets anti-nausée. Je ne sais pas si tous les croisiéristes le fond, mais bref : prévoyez-en quand même dans vos bagages. De plus, le médecin à bord nous recommandait de les prendre dès que le bateau quittait le port. Une fois dans la tempête, il serait trop tard.

  • Fais le plein de biscuits soda et de pommes vertes

Mario, membre de l’équipage et mon ange gardien personnel pendant le passage de Drake, m’a fait découvrir les bienfaits des biscuits soda et des pommes vertes lorsque l’on souffre du mal de mer. C’est son petit truc à lui, qui est devenu mon petit truc à moi. C’est, comme je le disais, la seule chose que j’ai pu manger pendant le passage de Drake. Je ne peux que le recommander !

Et souviens-toi : c’est bientôt terminé !
Météo en Antarctique

Malgré la météo quelques fois difficile, les paysages sont magnifiques

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